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Belge d'origine tunisienne, j'ai une formation en Droit, puis Sciences Politiques et enfin Relations Internationales. Ma première vie m'a menée à Bruxelles dans l'administration. Ma deuxième vie a commencé en 2010 : je me partage entre la Belgique et la République Démocratique du Congo. Mes multiplicités ont marqué le regard qui nourrit mon écriture : il se plaît à choisir un angle différent, un va-et-vient, un pont.

Être une « expat » au Congo (RDC) : de la lune de miel à l’éveil

Être une expatriée (une « expat » comme on dit), ce n’est pas simple tous les jours. Pour éviter de prétendre aux généralités, je vais assumer ce billet à la première personne, même si je crois sincèrement que d’autres que moi s’y reconnaîtront…

Des débuts en forme de lune de miel

Mes premiers mois en République Démocratique du Congo, c’était la lune de miel.  Petite « muzungu » (mot swahili pour « blanche ») fraîchement débarquée de ma Belgique natale, je laissais mes yeux s’émerveiller.  La nature était si belle, les Congolais si souriants, le chaos apparent (et souvent réel) de la ville si pittoresque et les différences si surprenantes… bref un enchantement. Continuer la lecture de Être une « expat » au Congo (RDC) : de la lune de miel à l’éveil

Quand les valeurs donnent le prix : deux manières de voir le tableau le plus cher du monde.

Le 6 décembre 2017, un tableau de Léonard de Vinci a été adjugé au Prince Mohammed Ben Salmane pour 450,3 millions de dollars.  Ce portrait du Christ s’envolera vers le pays de Mahomet rejoindre un musée du Louvre qui n’est pas français.  En partant d’un échange réel avec une  jeune Congolaise, j’ai imaginé ce dialogue, traduction de deux mondes et de deux manières de voir.

–  Quatre cent cinquante millions de dollars…

La jeune fille répète le montant, incrédule, en détachant chaque syllabe.  A mes yeux déjà, cette somme est inconcevable mais pour elle qui n’a jamais tenu dans ses mains 1000 dollars en sachant qu’ils lui appartiennent, c’est au-delà de l’entendement.

–  Et un homme a payé ce prix-là… Mais pourquoi, maman ?

Je ne suis pas sa mère.  La jeune fille travaille pour moi.  Ici, en République Démocratique du Congo, on ne dit juste pas « madame ». Je la vois fixer, sur l’écran de la télévision, le visage du Christ peint.  Je veux lui expliquer mais je cherche mes mots.  Le prince héritier d’Arabie Saoudite vient d’acheter cette toile de Léonard De Vinci (le « Salvator Mundi »), l’élevant au premier rang des tableaux les plus chers au monde.  Ça dit tout et rien à la fois.  Rien, en tout cas, pour la jeune Congolaise assise devant moi, du moins si je ne lui donne pas plus d’éléments.  Elle-même cherche à comprendre, ça se voit.

–  Il est en or, le tableau ?

Je souris, plus encore devant sa déception quand je lui réponds « Non ».

–  C’est un tableau peint sur une toile tirée sur un cadre de bois. Une œuvre d’art.

Elle ne cache pas une moue de dédain.  Si l’objet avait été en or, alors sa valeur aurait peut-être eu un sens.  À ses yeux, pour que quelque chose soit acheté à un tel prix,  il faut qu’il soit fait d’un métal précieux ou qu’il soit très, très grand.  Le reportage, lui, montre une peinture plus petite qu’un homme.  Pas vraiment impressionnant.  Je poursuis :

–  Mais tu dois savoir que ce tableau est très vieux : plus de 500 ans. Celui qui l’a peint est un artiste célèbre : Léonard De Vinci.  En fait, il s’agit d’un objet très rare et donc très précieux.

J’ajoute, conditionnée par mon vernis de culture : « D’ailleurs, ça fait partie du patrimoine de l’humanité, tu sais ».

La jeune fille n’est pas assez hypocrite pour me fournir un « Ah oui, bien sûr » prétendument savant.  Je lis dans son regard : Patrimoine de l’humanité…  et alors ?  Une partie de « l’humanité », dans son pays (la RDC), se meurt tous les jours dans l’indifférence générale ou la résignation. C’est une humanité qui tombe sous les machettes ou les balles, qui expire faute des bons traitements et qui s’épuise dans une vie de labeur et de privation.  Une humanité par définition sans patrimoine.  Alors une toile, même vieille, ne devrait pas avoir plus de prix que cette vie…

Je me dis qu’à sa place, j’aurais de la rancœur. Mais elle, au contraire, cherche toujours à comprendre la bizarrerie des Blancs.

–  Le peintre… le Léonard… c’est lui qui a réclamé ce montant ?

–  Non, voyons, il est mort depuis longtemps.

–  Alors, qui en profitera ?

–  Celui qui avait acheté le tableau : un collectionneur.

Encore une fois, son visage exprime le dépit.  Non seulement ce n’est qu’une toile mais ça n’enrichit même pas cet artiste dont on prétend que son talent le justifie.   Soudain, pourtant, son expression s’illumine :

–  En tout cas, l’acheteur aime beaucoup Notre Seigneur Jésus. C’est bien, ça.  Moi aussi.

J’éclate de rire.  J’espérais jusque-là arriver à rendre les choses plus claires mais elle vient encore de me désarçonner.  C’est moi qui ai commencé : il faut que j’assume.

–  En fait… le Prince en question, c’est un Musulman.

–  Alors, il ne croit pas en Jésus-Christ ?

–  Pas comme toi, non.

–  Mais pourquoi il veut mettre son portrait chez lui ?

–  Je doute qu’il le fasse. La toile sera exposée dans un musée.

–  Ah bon ?

« Un musée »…  je dois expliquer ça aussi.  Il n’y en a pas au Congo.  Quand les gens ont du temps, ils vont chanter à l’église ou boire un « sucré » sur une terrasse.  Ils marchent et visitent leurs connaissances.  Ils parcourent le marché.  Ils ne vont pas s’extasier ni même se cultiver.  Il n’y a pas grand-chose pour cela, pas pour un prix abordable en tout cas.

–  A Kigali, il y en a un, je crois. Sur le génocide.

–  Ça, c’est un mémorial. Pour qu’on n’oublie jamais l’horreur de ce qui s’est passé au Rwanda… mais un musée regroupe de très belles ou de très anciennes choses. C’est un espace pour se souvenir aussi, mais de ce qui existait, de ce qui est beau. Ou pour admirer des talents.

Elle a baissé les yeux, soudain triste.

–  Nous, on n’a pas besoin d’un endroit pour se souvenir de la guerre.

Dans la province du Nord-Kivu, frontalière du Rwanda, la guerre fait partie de la vie.  Tous ne la subissent pas dans leur chair mais les souvenirs ou, plus récemment, les images d’horreurs partagées par les réseaux sociaux rappellent à chacun que jamais elle n’est vraiment finie.

Je ne veux pas faire perdre à la jeune fille sa joie.  Son sourire est précieux : c’est son rempart.  Il faut que je trouve comment continuer pour la distraire.

–  En fait, il y a des objets, des statues ou des monuments qu’on ne voudrait pas voir disparaître. Ils font partie de notre histoire.  Ça les rend précieux à nos yeux.

–  Oui mais si c’est cassé, on reconstruit.

–  Mais ce ne sera plus pareil.

–  Non… c’est vrai…. comme après le volcan. Mais c’est la vie.  Regarde la ville de Goma, maman.  Avant le volcan, elle n’était pas comme ça.  Maintenant, c’est bien aussi.

–  Et cette ville d’avant l’éruption de 2002, elle ne te manque pas ?

–  Je ne sais pas. J’ai oublié.  Maman dit qu’on a une plus grande maison maintenant.

Autour de moi, la poussière noire témoigne.  La lave a tout recouvert.  A Goma, on marche sur cette matière de feu durcie, on construit avec elle.  Elle est le ciment de cette ville chaotique et nouvelle, dressée dans un écrin de paradis.

Observant la jeune fille, je me sens dépitée.  Je réalise que je ne lui ai rien appris.  En fait, c’est plutôt elle, comme souvent ici.  Pour peu qu’on s’ouvre un peu, les Congolais nous démontent nos certitudes de Blancs tandis qu’on s’évertue à croire qu’on peut mettre à niveau les leurs. Tenace pourtant, je ne rends pas les armes. J’ai une dernière comparaison à lui offrir comme précision.

–  Vois ça comme pour les objets : les lampes, les rallonges, les tuyaux. Tu sais bien que si tu veux de la qualité, il faut acheter « l’original », pas le produit chinois.  Or, c’est beaucoup plus cher parce que c’est rare et meilleur. Tu vois ?

–  Donc le tableau… c’est un « original » ?

–  Tout à fait !  A plus d’un titre, d’ailleurs.

Je soupire d’un air satisfait, mais la jeune fille secoue la tête.

–  Pour ce prix-là, alors, il n’a pas été malin, Léonard.  Il aurait dû en peindre plusieurs.

Et oui… la culture, l’art ou le patrimoine national viennent souvent au second plan quand on a la survie comme seule préoccupation…

Maryse Grari

(Décembre 2017)

Pas d’endroit où pleurer

En Afrique comme ailleurs, les manifestations au cours desquelles une partie de la population descend dans la rue ne sont pas toujours des succès.  Parfois des gens meurent.  Leur nombre est brandi par les médias, les analystes et une partie de la classe politique.  Peu est dit par contre sur ceux qui ne sont pas « tombés », tués ou brisés à jamais ces jours-là.  Pourtant, le lendemain et les jours suivants, ils se retrouvent hagards, orphelins des espoirs qu’ils avaient mis dans leur mouvement et privés d’un lieu de mémoire simplement parce que leur mobilisation n’a donné lieu à aucun changement.  Ces gens-là n’ont pas d’endroit où se pleurer, où s’inspirer, où croire.  J’ai juste voulu tenter d’imaginer leurs mots.

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On n’a pas d’endroit, tu sais.  Pas d’endroit où aller.  Pas d’endroit où pleurer.

Certains ont posé quelques briques plus loin… où ça ne dérangeait pas.  Des briques de mauvaise qualité qu’ils ont dressées, là.  A la va-vite.  Comme si c’était n’importe quoi.  Juste un muret.  Et puis, ils les ont peintes aux couleurs du drapeau.  C’est du rouge qu’il aurait fallu plutôt.  Ils ont écrit aussi… une date et quelques mots.  Pour dire que des gens sont « tombés ».  C’est tout.

Or, on est tous tombés ce jour-là.  De haut.  Il n’y a pas de raison de pleurer, dit-on.  C’est vrai.  On ne les connaissait pas au fond, ceux qui ont laissé leur vie.  On ne sait même pas où ils sont enterrés.  Ce n’est pas vraiment eux qu’on pleure, d’ailleurs.  C’est nous.  Et tout ce qu’on n’a pas gagné un matin dans la rue.

On a tellement espéré, tu vois.  Beaucoup.  On a pensé qu’il se lèverait enfin, le vent, chez nous.  On s’est dit qu’on l’obtiendrait aussi, ce changement, pour nous.  On y a cru si fort… mais on était fous.

On n’a pas d’endroit où pleurer, tu sais.  Pas vraiment.  Notre endroit à nous, en fait, c’est le temps.

Tout le monde a oublié, déjà.  Même nous.  Le rythme de nos années, au fond, n’a pas bougé.  Il y a beaucoup de petits murets dans le monde, partout.  On a toujours des briques pour ça, on dirait.  Pour des lieux où on ne fait que passer. Pas où commémorer.  Le rouge viendrait sûrement à manquer si on les en recouvrait.

Ça semble loin déjà.  On a marché, manifesté.  Pacifiquement, on le voulait.  Violemment, il paraît.  On était bien seuls au fond sur nos routes ce jour-là.  Il manquait à nos côtés ceux qui nous y avaient envoyés.  Ça a dégénéré.  Certains se sont figés sous des coups trop zélés.  Il y a eu des pleurs et des cris.  On a fui.  Surtout pour notre vie.   On s’est dispersés dans l’attente.  Mais c’était déjà fini.

On n’a rien gagné, ces jours-là.  On n’a rien à fêter.  Des absents de la rue ont écrit des rapports et parlé aux médias.  Ils nous avaient donné les mots jusque-là.  Ils nous les ont repris.  Même eux ne connaissent pas les noms de ceux qui sont tombés sous les slogans.

Héros, voyous, manipulés,… peu importe au fond ce qu’on a été pour un temps.  Si ça change un jour, on aura un monument.  Un beau.  Inauguré officiellement.  Pas pour ceux qui sont morts ou pour nous, ça non.  Plutôt pour une victoire qu’on n’est pas certains de goûter.

En attendant, on n’a pas d’endroit où pleurer.

Maryse Grari

 –>  Pour m’entendre lire ce texte, cliquer ici.

Entre Nord et Sud, des visions différentes du temps ?

Entre le Nord et le Sud, Europe et Afrique, il n’y a pas que le « temps-météo » qui change.  Notre vision du temps qui s’égrène aussi est bien différente.  Sans tomber dans le jugement de l’autre, j’ai voulu, avec une pointe d’humour, m’essayer au jeu des miroirs.  Afin de réfléchir un peu ou de sourire de soi-même.

Les « Blancs », ces prétendus maîtres du temps

Nous, les Blancs, le « Temps », on le passe, on le prend, on le consacre… Bref, on croit qu’il nous appartient et que la montre, tel un compte en banque, est l’outil pour nous faire mesurer nos dépenses et nos richesses en la matière.

Persuadés d’être « maîtres » de notre temps (dans tous les sens du terme), on se sent frustrés quand on le perd, et rageurs quand c’est à un autre qu’en revient, selon nous, la faute.  Donc, on presse, on accélère, on pousse, pour gagner ou regagner ce temps que l’on espère encore récupérable et présent… un temps présent que l’on tente d’arracher au futur. Continuer la lecture de Entre Nord et Sud, des visions différentes du temps ?

Choc des civilisations culinaires – Partie 2 : bien manger en Afrique centrale aussi

(–> Pour lire ou relire la première partie de ce récit, cliquez ici. )

Savoir quoi manger : un choix cornélien

En Belgique, pour que nul ne puisse oublier qu’il a le choix ou le devoir de faire des choix alimentaires chaque jour, des brochures nous sont distribuées chaque semaine dans nos boîtes aux lettres avec les promotions de nos commerçants et les nouveaux produits.  Le tout agrémenté de recettes pour nous inspirer au cas où notre talent de cuisinier serait en panne d’idées…

Nos magazines et programmes TV nous rappellent en outre que pour être en bonne santé, il faut manger mieux, tenir compte de nos allergies, d’intolérances jusque-là inconnues (au lactose, au gluten, au sucre, à la viande) et de certains principes comme le refus des pesticides et de produits à l’empreinte écologique ou carbone trop importante.

En résumé, notre cerveau de consommateur occidental a, dans le tiroir « Manger », une véritable bibliothèque d’informations, de suggestions, de données et d’idées.  Génial mais épuisant.

Pour alléger le processus de décision, des geeks ont même développé des applications informatiques qui peuvent nous dire ce que nous allons manger ce soir et ce qu’il nous faut comme ingrédients pour y arriver.

Encore mieux, on peut s’abonner à un service de livraison journalière d’une caisse en carton contenant les produits et la recette.  Le choix est ainsi fait par un autre et la diversité assurée.  Bien sûr, cela a un coût mais « le temps, c’est de l’argent » et prendre une décision soi-même quand le choix est trop grand prend du temps. Donc, autant dépenser l’argent qu’on a, se dit-on, puisque le temps est souvent une denrée trop rare.

Au cas où la lassitude s’installerait malgré tout, il nous est possible d’essayer, par exemple, des viandes « exotiques » comme l’autruche, la queue de crocodile, un civet de renne ou du « sauté de kangourou à mijoter » (ça ne s’invente pas !) pour remplacer les poulet, bœuf, veau, mouton, agneau, canard, coq, dinde, porc, lapin, sanglier, chevreuil, … considérés comme (trop) traditionnels.  Et je ne parle ni des poissons ni des préparations.

Bref, en société d’hyperconsommation, les choix proposés dépassent les frontières et compliquent tout.

Manger en Afrique : aussi un plaisir

Contrairement à certaines idées reçues, tous les Africains ne meurent pas de faim.  Il n’y a pas que désert ou sécheresse.  La brousse est riche en animaux et végétaux et surtout les champs et fermes existent aussi près de l’équateur.  De plus – il faut le rappeler aux Occidentaux -, l’Afrique n’est pas un pays mais un continent où chaque pays est différent et contient en son sein des régions et tribus aux habitudes et cultures variées, y compris en matière culinaire.

Certes, le pouvoir d’achat est parfois(souvent) limité, ce qui rend compliqué l’accès à l’alimentation, surtout en milieu urbain.  Certes également, un pauvre paysan de village (pour peu que la guerre, l’insécurité et les intempéries ne l’empêchent pas de cultiver, cueillir ou élever quelques animaux) sera davantage certain d’avoir quelque chose à manger que le pauvre des villes condamné à chercher assez d’argent chaque jour pour se fournir de quoi préparer et cuire un repas.

En tout cas, l’Afrique aussi cuisine.  Et même très bien.  Pas avec un à micro-ondes, un cuit-vapeur ou un four traditionnel.  Mais elle frit, saisit, mijote, blanchit, grille et fait sauter.  Il y a des différences par rapport à l’Europe, bien sûr.  En tout cas, je peux l’affirmer pour le Congo.

A Kinshasa, en allant passer notre commande tôt le matin chez notre petit vendeur de brochettes de chèvre installé sur le trottoir, on pouvait encore caresser le dîner.  Si vous demandez qu’on vous apporte un poulet du marché à Goma, il faut vous préparer, non pas à le mettre au frigo à son arrivée, mais à l’attacher en attendant de le tuer et le plumer.

Quant aux criquets qui se vendent –lorsque c’est la saison – comme des chips, ils ne coûtent pas 8 euros les 50 grammes comme dans nos épiceries fines mais sont « cueillis » à la main et frits en direct avec un peu de pili-pili.

Sinon, que peut-on dire de ce qu’on mange au Congo ?  Beaucoup !  La chèvre est délicieuse en ragoûts.  Les bananes plantain sont merveilleuses en frites.  Les fretins (ces poissons de très petite taille) sont des délices avec une panure légère.  Le foufou –cette boule de farine de manioc ou de maïs bouillie- est très pratique pour manger les plats en sauce avec les doigts.

Les épinards sont surprenants quand cuisinés aux arachides.  Le poisson salé perd son goût de sel une fois préparé.  La feuille de bananier parfume les aliments qu’elle emballe en papillote comme jamais.  Le tilapia grillé est une pure merveille et les haricots rouges savoureux et riches à souhait.  Le tout est bien entendu servi avec du pili-pili (pâte de piment) et cuisiné avec de l’huile de palme prétendument cancérigène.

Plat de foufou et chèvre en sauce
Plat de foufou et chèvre en sauce

Pour les puristes, il faut savoir que les légumes et les fruits qu’on trouve par exemple à l’Est du Congo, ont le parfum et le goût que la nature et le soleil leur donnent : un vrai concentré de saveurs.

Les avocats sont énormes par rapport à ceux qu’on trouve en Belgique, les choux-fleurs sont plus petits mais merveilleux, les tomates juteuses, les champignons hauts sur tige et fermes, le cerfeuil et les poireaux comme des miniatures de légumes au goût super concentré, etc.

N’oublions pas les fruits : bananes, ananas, fruits de la passion, fraises, goyaves… ainsi que les mangues comme celles, réputées, d’Uvira (ville du Sud Kivu) dont on a l’impression qu’elles sont confites tant le soleil les a  sucrées naturellement.

Entre manger pour se nourrir et manger-convivialité.

Le choix est donc là.  Même en Afrique.  Pas pour toutes les bourses cependant (ça, c’est malheureusement comme en Belgique), mais il est réel sans être exagéré.  Si beaucoup mangent du riz et des haricots lors de leurs (un, deux, ou trois) repas quotidiens comme nous, nous avalons des tartines, ils apprécient aussi le changement et les suppléments.

Manger doit d’abord nourrir, remplir le ventre.  Ensuite, manger doit se partager, même quand chacun s’occupe de son assiette. Enfin manger, c’est un plaisir.  Avoir le choix au moment de penser le repas n’est pas une corvée mais une joie car on sait là-bas combien beaucoup n’ont accès ni aux produits ni aux moyens de se les offrir.  Personne cependant ne râle d’avoir trois fois le même repas dans la semaine.  On ne stresse pas par manque de diversité.

Alors… la société de consommation occidentale est-elle vraiment une chance ?…

Je préfère laisser cette question sans réponse car à chaque retour d’Afrique, devant les rayons étalant fromages ou chocolats sur une hauteur de quatre étagères et une largeur plus grande que celle de ma maison, je me la pose aussi.  Et c’est quelque chose que j’apprécie.

En effet, vivre entre deux pays et continents, c’est avoir le luxe ou le potentiel de ne plus rien considérer comme acquis, parfaitement bon ou d’emblée mauvais .  C’est le contraire de l’habitude et du côté blasé.

Pensez-y la prochaine fois que vous vous demanderez, perplexe, ce que vous allez bien pouvoir cuisiner…

Maryse Grari