Choc des civilisations culinaires – Partie 1 : choisir quoi manger = source de frustration ?

Cela fait déjà quatre fois que dans une grande surface en Belgique, à mon retour d’Afrique, une parfaite inconnue m’interpelle tandis que j’achète de quoi manger. Je dois avoir « une bonne tête » comme on dit chez moi.

Il faut préciser que quand je rentre pour la première fois dans un des hypermarchés de mon pays, après avoir passé des mois en RDC (Congo), c’est toujours un choc.  Tant de produits, tant de choix, tant de nourriture, tant de… tout.

Des gammes de produits totalement différentes

Ça change des marchés certes hauts en couleurs de Goma. Ça change aussi des boutiques réservées aux expatriés ou aux plus fortunés où un paquet de chips importé se vend quatre fois le prix d’origine, où une boîte de cassoulet de catégorie  « premier prix » coûte autant qu’une portion préparée ici par le meilleur traiteur de la ville et où les cornichons sont des produits de luxe.

Normal : ce sont des choses qu’on ne fabrique pas sous le soleil d’Afrique et qu’on n’y mange pas couramment non plus.

Donc, quand je me retrouve devant tous ces rayons alignés, éclairés aux néons, baignés dans une musique choisie pour me faire dépenser, et que je suis confrontée aux différentes possibilités offertes par la société occidentale pour se nourrir, parfois mal, parfois trop gras, trop chimique, trop sucré, ou trop transformé…, j’ai souvent besoin d’un moment pour me ré-acclimater.

Rayon chocolat
Tout un rayon pour le chocolat

« On ne sait plus quoi manger »

C’est alors qu’à mes côtés, à plusieurs reprises, une dame est apparue.  Après un soupir à fendre le cœur devant les rayons de morceaux de viandes multiples préemballés (la dernière fois, c’était devant l’étalage de la centaine de fromages disponibles), elle me dit :

« Pff… on ne sait quand-même plus quoi manger, n’est-ce pas ? »

En 2010, quand j’ai entendu ça, j’ai failli tomber par terre.  J’avais envie de crier « Non, mais vous rigolez ?!  Vous êtes certaine que vous avez les yeux ouverts ? De quoi vous vous plaignez enfin ?  Avez-vous une idée de ce que c’est, ailleurs ? »

Au lieu de m’en prendre à cette pauvre dame qui n’y pouvait rien, j’ai simplement dit : « Oui, parfois le choix est si grand qu’on ne sait pas décider ».  Étonnée, elle m’a regardée avant de répondre « Probablement…  Ça doit être ça... » et de saisir un duo de saucisses de campagne qui se marieraient parfaitement avec le bocal de compote de pommes qu’elle avait déjà dans son caddy bien rempli.

Manger, manger bien, manger sain, manger varié

C’est sans doute la différence la plus frappante.  En Afrique, en général, on achète des produits puis on les cuisine.  En Belgique, c’est juste une des options car on peut aussi acquérir toute une série de plats et d’ingrédients déjà préparés.

Il peut s’agir de la boîte de petits pois qui nous a fait oublier depuis longtemps le verbe « écosser » et le goût de la petite boule verte crue ou cuite quand elle provient de la terre et non d’une eau de conservation sucrée.  Il y a aussi la lasagne ou le nasi goreng qui prétend être plus qu’un plat de riz sauté.  Ça va des préparations de viandes hachées, lardées, épicées, colorées ou marinées promettant un renouvellement continuel des sensations (ainsi qu’une bonne quantité de graisses cachées), à du fromage déjà coupé en cubes ou à du saucisson déjà tranché.

C’est sans compter les plats dont la photo de couverture inspire mais dont l’apparence réelle une fois l’emballage ouvert rappelle invariablement que c’est une mixture industrielle vomie par une grosse machine dans une barquette en plastique, et plus chère que prévu lorsque prétendument allégée.  Au pire, on trouve des poudres à milkshake protéinées supposées remplacer un repas avec peu de calories et un vague soupçon de goût chocolat.

En Belgique, on a donc du choix, et même des enseignes variées pour répondre aux différentes niveaux de pouvoirs d’achat.  On a aussi une bonne cuisine traditionnelle ainsi que le goût et l’ouverture d’esprit pour intégrer des habitudes culinaires venues d’autres pays.

On a enfin des produits de base ou du terroir de qualité et l’accès aux informations permettant de choisir au mieux.  Tout cela ne nous empêche pas de trouver normal de pouvoir acheter des tomates en plein hiver et des chicons en été, ni d’apprécier des haricots verts livrés quotidiennement du Kenya alors qu’on en produit sur nos terres. Mais bon… ça, c’est un autre débat.

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Maryse Grari

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